Synthèse résumée

Rien ne va plus dans le système éducatif québécois! Une quantité importante d’élèves quittent le secteur public pour le privé afin de jouir, apparemment, d’un meilleur encadrement et de services plus adaptés. Pendant ce temps, on intègre en classe régulière de plus en plus d’élèves ayant des difficultés majeures d’apprentissage ou de comportement. Le taux de décrochage des élèves augmente sans cesse tandis que le taux de rétention des enseignants diminue continuellement. Cette polémique engendre ainsi un débat souvent polarisé : doit-on subventionner ou non le privé ? Nous proposons un autre paradigme qui remet enfin à l’avant plan l’égalité des chances en éducation. L’étatisation de l’école serait-elle une avenue envisageable?

Avant 1900 deux systèmes prévalaient en éducation; les écoles publiques sous la tutelle de l’État et les écoles privées sous la tutelle de l’Église. Ce n’est qu’en 1964, avec la loi 60, que l’on subventionnera ces institutions privées. Pendant cette période, le pouvoir de l’Église en matière d’éducation est passé à l’État n’effaçant pas pour autant l’existence du réseau d’enseignement privé confessionnel. L’article 42 voté en 1975 prononcera d’ailleurs la fréquentation des écoles privées comme un droit. Toutefois, conformément à la loi 141 de 1992, les institutions privées auront l’obligation de détenir un permis afin de contrôler la qualité de l’enseignement offerte dans ces établissements.

Les écoles privées font de plus en plus compétition aux écoles publiques et ce n’est plus seulement une question de financement. Il y a de plus en plus d’enfants provenant de la classe moyenne qui fréquente ces établissements. Pourquoi est-elle prête à investir autant ? L’idée de la sélection de la clientèle en attire plusieurs tout comme d’autres aspects pas plus sérieusement fondés. En effet, certaines croyances populaires nous laissent ainsi croire que le privé donne une meilleure éducation que le public, que l’encadrement et la discipline y sont beaucoup plus présents. Pourtant, le Conseil supérieur de l’éducation(CSE) a publié un document sur les mesures d’encadrement au privé et au public prouvant que les mesures d’encadrement se retrouvent dans la même proportion dans les deux secteurs.

Pendant ce temps, le secteur public reçoit, par sa vocation et sa mission sociale, tous les élèves qui se présentent chez lui, sans sélection. Cela implique donc une clientèle très diversifiée et automatiquement plus complexe.

Dans le but d’éviter un exode massif des élèves du régulier vers le privé, le public a choisi aussi la loi du marché. On a mis sur pied divers programmes particuliers tels que les écoles à vocation sportive ou artistique, les écoles alternatives ainsi que les écoles internationales. Pour pratiquement tous ces programmes il y a également sélection des meilleurs candidats. L’impact social d’un tel choix est dramatique : la classe régulière devient de plus en plus la classe à éviter!

Déjà en 2007, le CSE déplorait que les classes ordinaires étaient ainsi devenues moins diversifiées et que l’intégration des jeunes en difficulté reposait sur les seules épaules des élèves du régulier. Il est nécessaire de remettre en question le modèle présent.


La complexité de la problématique vient du fait qu’elle comporte plusieurs éléments inter-reliés et qu’une solution durable et satisfaisante ne peut probablement être atteinte qu’en révisant en profondeur la structure du système d’éducation. Commissions scolaires, syndicats, valorisation de l’enseignement, intégration des élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA), implication des parents, implication de la communauté, et j’en passe : l’éducation n’est pas seulement une affaire de professeurs et d’élèves, c’est une question de société, un question nationale.

L’étatisation consiste à transférer à l’État la propriété et la gestion d’une entité économique relevant jusque-là d’un autre secteur, le privé. L’État québécois gère déjà l’éducation, il n’est donc nullement question de créer une société d’état dont le rôle serait de structurer l’enseignement au Québec, rôle déjà tenu par le ministère de l’éducation, des loisirs et du sport. Les contextes qui ont mené à la décision d’étatiser certains secteurs d’activités ont généralement des racines similaires et, la plupart du temps, elles relèvent d’un impératif économique et politique. Dans notre cas, l’objectif est de soustraire l’éducation à la loi du marché, afin de se réapproprier, en tant que société sociale-démocratique, les commandes de notre futur.

Sortis de ce carcan, plusieurs avenues s’offrent alors à nous. Une pléiade de modèles de structures organisationnels de par le monde peut servir d’inspiration pour créer un système qui nous est propre. Le modèle finlandais est un exemple de réussite de réorganisation ne nécessitant plus les services du secteur privé et surtout de la sélection. Présentement, au secondaire, il y a de plus en plus d’élèves sélectionnés et les chiffres du décrochage scolaire ne sont pas plus encourageants. Pourquoi, alors, ne pas revoir le modèle et étendre un modèle d’école à la grandeur du Québec qui serait construit à partir des goûts et des valeurs des élèves. Une école qui ne sélectionnerait pas mais qui se ferait choisir. Le parcours en resterait un général, mais des particularités seraient spécifiques pour chaque orientation (ou si vous aimez mieux pour chaque programme particulier). Le PEI pourrait alors trouver son équivalent dans deux ou trois options où la sélection ne serait pas présente. Par exemple, il serait intéressant de développer une orientation humanitaire où les langues et l’implication communautaire seraient particulièrement mises à l’avant-scène et dont les seuls critères de sélection seraient le fait d’adhérer à cette philosophie. Une orientation science pourrait aussi voir le jour (avec une obligation de participer à l’Expo-Sciences à chaque année) et s’ajouter à l’orientation musique. La rigueur et la méthodologie propres au programme international pourraient y être tout aussi présentes et rien n’empêcherait les élèves des diverses orientations de faire un projet personnel à la fin de leur parcours secondaire qui devrait être en lien avec cette orientation. Tous les élèves de l’option humanitaire pourraient même faire un voyage à la fin de leur cinquième secondaire. Finalement, rappelons qu’il est possible et plus que souhaitable pour le Québec d’abolir les programmes qui sélectionnent les élèves afin que les écoles soient davantage à l’image de leur communauté, c’est-à-dire très diversifiées avec des couleurs particulières. Il ne resterait alors aux écoles d’un même secteur qu’à s’assurer de la complémentarité des projets particuliers offerts.

Le choix de l’école qui ne sélectionne pas va à contre courant des modèles mis de l’avant tant par les institutions privées que par celles du public. En effet, le comportement du parent qui veut le mieux pour son enfant est facilement influençable et on le comprend. Nous ne croyons pas possible que le privé puisse participer au développement d’une telle solution durable à l’éducation d’une nation. En effet, ses objectifs liés aux lois du marché et aux valeurs individualistes néolibérales entrent en contradiction avec un projet de société égalitaire.

Il n’est pas question ici du bien de nos propres enfants. Il est plutôt question du bien des enfants du Québec, donc du Québec. Je, moi, mes enfants… Ou nous ?

2 Responses “Synthèse résumée” →

  1. Francine

    29 avril 2010

    Bonjour,

    Admettons que le MELS vis la ministre n’accorde plus de renouvellement à aucune école à vocation particulière, incluant les écoles alternatives qui, elles aussi font de la sélection, basée très souvent sur l’implication des parents dans l’école.

    Comme chaque école est en quelque sorte responsable de sa grille-matières, depuis plus de 10 ans par ailleurs, pourquoi le mouvement que vous souhaitez n’a-t-il pas encore vu le jour dans des régions , par exemple, où la présence des écoles secondaires privées ne se fait pas sentir ? qu’est-ce qui l’empêcherait dans un milieu où le nombre d’élèves au secondaire est adéquat pour offrir la diversification ? Le MELS ? ou bien une résistance qui vient de l’interne i.e. dans l’école elle-même puisque la c.s. n’a pas baucoup de responsabilités directes en matière de projet éducatif, de plan de réusite; la responsabilité de la c.s. est celle de soutenir la mise en oeuvre…

    Répondre
    • Vous touchez là deux bons points: la responsabilité de l’école (et donc, entre autres, des parents) et le rôle des commissions scolaires. J’ai ajouté un paragraphe à ce sujet dans mon texte: Impact sur la structure organisationnelle du système scolaire.

      Pour ce qui est des parents, et même des citoyens en général, on aimerait pouvoir s’attendre d’eux (de nous :) ) d’avoir des comportements responsables et équitables. Mais ce qui est de plus en plus ancré en nous c’est un comportement individualiste qui ne concerne plus la survie de la nation et de sa culture, mais plutôt la survie de l’individu et de sa progéniture. Dans ce cadre là, une éducation équitable et libre est impossible. Il y a donc un travail d’éducation (ré-éducation) à faire. On a le même problème avec le commerce équitable et les achats responsables par exemples.

      Pour ce qui est des commissions scolaires, il y a toute une redéfinition ou réaffirmation (dans certains cas) de leur rôle. Et justement, nous croyons qu’elles doivent être là pour promouvoir et soutenir le développement d’école avec des projets éducatifs équitables et justes.

      Mais nous n’en sommes pas encore là!

      Répondre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

%d blogueurs aiment cette page :